Dans le Journal L’Opinion

Dans le journal L’Opinion, je signe avec Alain Trannoy, économiste, une nouvelle tribune.Elle pose la question des inégalités dans l’accès aux services publics et appelle à la réinstallation de la République partout dans notre ville.

Elle fait suite à (i) une première tribune que nous avions publié dans Le Monde le 11 juin qui montre comment la sectorisation de Marseille a entrainé la ville dans les abimes, (ii) puis une seconde dans Les Echos en juillet qui posait la question des retards de Marseille parmi lesquels l’extrême pauvreté dont souffre notre ville.

Ce que montre ce triptyque sur la situation marseillaise, c’est que rien ne pourra se faire sans la volonté du peuple marseillais de changer les habitudes anciennes pour redonner du souffle à notre ville.

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« Marseille: réinstaller d’urgence la République sur tout le territoire »

A Marseille, les élections municipales vont se dérouler dans un contexte de crise. Le rapport de la Chambre régionale des comptes étrille la gestion municipale en mettant en avant, en particulier, la mauvaise connaissance du patrimoine immobilier de la ville, l’illégalité de la gestion du personnel en matière d’horaires de travail et de poursuite d’activité au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Les problèmes de Marseille sont multiples et imbriqués. Le rapport indique par où commencer pour remettre en ordre de marche la ville : rien ne sera possible sans la fin des passe-droits et donc, une remise à plat de tous les services publics à Marseille.

Chaque jour apporte son lot d’informations sur les dysfonctionnements des services publics à Marseille, et pas seulement des services municipaux. A l’instar de l’habitat insalubre, tant d’autres exemples comme celui des écoles dans un état de délabrement avancé, un patient disparu puis retrouvé mort dans une partie désaffectée d’un hôpital public 15 jours après son admission, mais aussi toute cette frange de la jeunesse qui tombe sous les balles toutes les semaines pour la mainmise sur les trafics, sans que cela ne semble plus émouvoir personne. Et si Marseille est devenue une capitale du trafic des stupéfiants, c’est aussi parce que c’est une capitale de leur consommation. Un sentiment de laisser-aller, de négligence coupable s’est installé jusqu’à l’abandon. Est-on encore en République Française à Marseille ? On est en droit de poser la question, tant ses promesses, et en particulier celles d’égalité et de fraternité semblent oubliées, surtout quand l’anarchie remplace celle de liberté.
Ne pas se tromper de diagnostic est fondamental. Bien sûr, il faut, comme dans tant de villes en France, adopter un vigoureux programme vers la transition énergétique et écologique. Bien sûr, le centre-ville, qui dépérit sous le coup de la congestion et des centres commerciaux en périphérie, a besoin d’être revitalisé. Et plus qu’ailleurs, des politiques ambitieuses sont nécessaires pour aller à l’encontre des inégalités criantes en matière d’emploi, d’éducation, d’équipements et de services publics. Mais l’échec de ces politiques sectorielles est à l’évidence, annoncé, si l’on ne traite pas l’urgence marseillaise : réinstaller la République sur tout le territoire. Cela signifie non seulement des services publics en état de fonctionnement dans tous les quartiers de Marseille, sans aucune exclusive et à égalité de moyens, mais aussi la recherche systématique d‘implication des habitants, car on ne peut réussir les transformations sans durablement associer ceux à qui elles sont censées bénéficier. La réponse sous la forme de partenariats publics-privés n’est qu’un aveu d’impuissance tout en obérant les finances de la ville.

Marseille n’est pas une ville comme une autre : un site et une histoire exceptionnels et une porte vers l’Afrique. Marseille devrait être un atout pour la France. Elle est un poids. L’Etat doit comprendre que la situation marseillaise est devenue un enjeu national. Laisser à la dérive la seconde ville de France et sa métropole, voir la pauvreté et les inégalités se développer, c’est prendre le risque de la gangrène. C’est une question d’argent mais pas seulement. S’assurer du bon emploi de l’argent mobilisé et la reprise en main de tous les services publics est tout aussi essentiel. On ne peut durablement appeler au respect de l’état de droit et des règles, quand les politiques de droit commun ne sont même pas appliquées.

Ce retour de l‘efficacité est la clé pour réduire la fracture entre le Nord et le Sud de la ville, pour retrouver le chemin de la croissance porteuse d’emplois et de réduction de la pauvreté, pour réussir la métropole en évitant que Marseille n’apparaisse comme un gouffre à fond perdu aux yeux des autres communes. Mais, plus important encore, cette efficacité renouvelée doit permettre de retrouver la confiance des habitants et ainsi le goût de s’engager pour leur ville et l’action publique. Rien ne se fera sans que les Marseillais ne se réapproprient leur ville. Le modus operandi est simple : un dispositif massif de concertation pour recueillir leur vision, en débattre, tout comme revenir régulièrement vers eux pour les associer aux décisions importantes, évaluer les changements entrepris. C’est la voie pour que les Marseillais choisissent le bien commun et exorcisent le repli sur soi mortifère, quand la poursuite de l’intérêt individuel l’emporte sur tout le reste.

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